Ludovic Ledent — lluuddoo

Sculpture

Ludovic Ledent

Ludovic Ledent considère l’objet sculptural comme la matérialisation en 3D d’un exercice intellectuel qui repose sur l’association et la transformation graphique d’éléments rencontrés au sein de son environnement proche et quotidien, aussi éclectiques soient-ils. Sa formation à l’ERG (Bruxelles, 1999-2003) lui enseigne certes les rudiments techniques, mais lui permet surtout, par son ouverture, de développer en toute liberté une démarche dont la rigueur et la constance se profilent et s’affirment au fil des différents projets expérimentés. Son art se situe au croisement de l’assemblage, du design et de l’architecture ; il teste les possibles et compose des objets imprévus et déroutants tant au niveau de la forme que du matériau. Ludovic Ledent s’attache à produire « des objets qui résistent à une consommation directe et se prolongent dans le temps ». Il tient à déjouer les apparences et à offrir au regard « des formes qui ne sont jamais ce qu’elles semblent être ». Il prône ainsi un retour à la complexité, loin de la perfection lisse et sans caractère des objets industriels. Mieux que cela, il revendique la difformité de ses sculptures, « pas une difformité maladive ou angoissante, mais plutôt une difformité créatrice de détails et de singularité qui attaque la forme en tant que concept ».

De l’objet quotidien à l’objet sculptural, en passant par l’esquisse

Chaque objet est le fruit d’un processus assez long qui consiste en un aller-retour entre l’objet en 3D et sa représentation graphique en 2D. Au cours de ses transformations successives, la forme s’écarte peu à peu de sa source d’inspiration. L’objet d’investigation peut être autant une photographie – d’un objet, d’une personne, d’un paysage – qu’un dessin réalisé sur le vif, au hasard des rencontres vécues. La source d’inspiration subit donc dès sa sélection une première interprétation ; l’objet d’investigation n’étant déjà plus qu’une représentation. L’imagination et l’inventivité de l’artiste achèvent de lui imposer une subjectivité propre et d’en affirmer la singularité. À chaque étape, une série de choix irréversibles sont opérés, choix qui ne cessent d’autonomiser ce vestige d’objet, pure forme en devenir. Dès lors que Ludovic Ledent a le projet de mener à terme l’une de ces formes c'est-à-dire de la construire en réalisant une première maquette, la question du matériau se pose beaucoup plus précisément. Les dessins préparatoires y répondent pour une certaine part, soit en envisageant la couleur soit en prenant en compte la structure de sa surface ; mais c’est davantage la question de l’assemblage qui imposera des solutions matérielles précises. De la sorte, nous pouvons dire que la démarche de Ludovic Ledent procède, d’une part, d’une spontanéité libérée de toute contrainte liée à l’exigence de la mimésis, l’intérêt résidant justement dans la création d’une forme à caractère propre et inédit. D’autre part, cette même démarche répond d’une réflexion rigoureuse, une fois la forme arrêtée, afin de permettre son déploiement dans l’espace selon les contraintes que les lois de la physique imposent – force de gravité, adéquation et assemblage des différents matériaux entre eux,… L’objet sculptural finalisé est ainsi coupé de tout usage quotidien malgré le fait que sa forme en soit issue. Cependant, les matériaux permettant l’articulation des différents éléments entre eux sont intégrés à la pièce et exploités visuellement. Telle l’architecture fonctionnaliste, Ludovic Ledent combine ainsi esthétique et fonctionnalité, rendant une fonction nouvelle à chaque élément au service à présent de la structure complexe de l’objet sculptural qu’il entend créer.

La surface — tantôt peau, tantôt écran — comme part active de la structure 3D

Paradoxalement, la perception de la pièce en 3D ainsi finalisée est perturbée par la rémanence de la surface. Ludovic Ledent combine le plan au volume et insuffle de cette façon une dynamique particulière à ses pièces. Selon le point de vue que l’on adopte, la surface occulte plus ou moins une partie de ces dernières, tel un écran, et procure autant un effet de surprise que de suspense dans leur appréhension, prolongeant ainsi le temps de réception. Cette surface qui intervient fait sans aucun doute écho à l’idée de peau recouvrant une ossature telle la façade d’une structure architecturale. Ludovic Ledent va d’ailleurs pousser cette réflexion sur la surface plus loin encore en intégrant directement une image au volume. Il s’agit alors de développer en parallèle deux pistes de recherche. La première a trait à la déformation d’une image par le volume sur lequel elle s’applique et son indépendance par rapport à ce qu’elle représente. La deuxième consiste au double mouvement incessant allant de l’occultation du volume par une surface faisant office d’écran à la révélation de celui-ci mis en évidence par la déformation de l’image le recouvrant. Cette recherche sur la notion de surface s’inscrit dans la continuité du travail mené autour du concept d’écran que Ludovic Ledent développe alors qu’il est boursier au centre de recherche de la tapisserie de Tournai (2005-2006). L’écran est cette surface qui à la fois cache quelque chose tout en rendant visible cette chose qu’elle occulte ; l’écran de par sa matérialité rend palpable une absence et invite le spectateur à s’y projeter afin de la combler.

Texte de Claire Labye

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